 | |  | | ENTREPRISES & MARCHÉS| MADAGASCAR | Imprimer cet article | | DOSSIER Artisanat Le luxe prend son envol
Après des années de stagnation, l’artisanat d’art ou de luxe est en train de passer de la copie à l’original ! Fini les objets en série, vendus d’un stand à l’autre, la créativité est de rigueur dans un secteur en plein essor...
Confortablement assise dans un fauteuil design, Pia Bolhuis, jolie femme blonde d’origine néerlandaise, qui s’exprime dans un français parfait, est aux commandes de l’immense boutique « Piment rouge » spécialisée dans la décoration, le mobilier d’intérieur de maison ou de bureau, de style ethnique. « Nous avons une clientèle malgache très tendance... Je vais chercher des idées dans Elle Magazine ou Marie Claire pour fabriquer localement des éléments qui plaisent à ces clients généralement exigeants. C’est souvent très difficile de leur proposer des choses nouvelles. J’ai par exemple essayé des sets de table en soie sauvage, mais, ici, il faut du temps pour imposer de nouveaux concepts. Les mentalités changent lentement, mais, pour les Malgaches comme pour beaucoup d’étrangers qui vivent à Tananarive, ce qui est beau et luxueux vient forcément de l’extérieur... » Isolée le long de la route nationale d’Antsirabe, sur une petite île naturelle, la boutique Helios, aux allures de vieille bâtisse coloniale, expose temporairement des produits colorés en provenance d’Haïti. Son directeur, photographe à la retraite bien connu, Paul Richard, n’est pas du même avis, il explose même lorsqu’on lui parle d’artisanat malgache. « Moi, je n’expose plus que de l’artisanat étranger car tout le monde fait la même chose ici... Alors, j’ai décidé d’aller voir ailleurs et c’est ça qui marche. » Effectivement, les boutiques de mobilier ou de tissus d’artisanat de luxe malgache fleurissent un peu partout dans le centre de Tana. On retrouve leurs cartes de visite dans la plupart des hôtels chics comme le Palissandre ou le Sakamanga, des restaurants ou des bars branchés qui, pour la plupart, se fournissent chez l’une ou l’autre de ces enseignes. L’une des plus courues d’entre elles, la boutique Fusion Iray, située au coeur du quartier chic de Faravohitra, à quelques encablures de la résidence privée du président Marc Ravalomanana, porte bien son nom. Dans cette grande bâtisse d’architecture traditionnelle qui domine sur trois étages, telle une tour de Babel, le marché des pavillons d’Analakely, il n’y a que de l’artisanat malgache. « On joue sur le mélange des genres, explique Kemba Hafesee-Colleter, on expose ce qu’il y a de meilleur à Madagascar provenant d’une dizaine d’artisans différents. Iray signifie « l’unité », donc notre concept, c’est la fusion dans l’unité. Cela va des couteaux aux boîtes en marqueterie, du luminaire en passant par le linge de maison... Des choses utiles aux objets décoratifs, tous ont une signature. C’est fait à Madagascar, ça ne veut pas dire que par des Malgaches, nous acceptons tout le monde, sans discrimination. Ce qui compte, c’est la créativité, mais on n’est pas créatif lorsqu’on a des besoins vitaux, c’est pour cela que derrière beaucoup d’artisans malgaches se cachent des concepteurs vazahas. » Un peu dans la même veine, l’étonnante boutique Mikea est tenue par l’ambitieux artisan d’art et chef de l’entreprise Madastone, Philippe Manet. On est aussitôt attiré à l’étage par la lumière douce que diffusent les appliques murales en verre carrées sur lesquelles sont gravés de mystérieux symboles. « Les formes géométriques des Zafimaniry sont très contemporaines », explique l’artiste Hoasa qui n’a pas hésité à puiser son inspiration dans l’artisanat traditionnel pour créer une ligne de luminaires moderne.
La reconnaissance internationale C’est d’ailleurs en 2003 que l’Unesco a déclaré « chef d’oeuvre de l’humanité », le savoir-faire des Zafimaniry en matière de travail du bois. « C’est exactement ça, l’artisanat d’art », estime Claudine Andriambololona à la direction de l’Artisanat. « Leur précision et leurs connaissances fascinent le monde entier. C’est en partie grâce à cette reconnaissance que l’artisanat malgache a obtenu ses lettres de noblesse ! » En effet, depuis quelques années, tous les indicateurs économiques concernant l’artisanat en général sont au vert. Entre 1996 et 2004, les exportations d’artisanat vers l’Europe ont été multipliées par huit, passant de 4,8 milliards d’ariary (2 millions d’euros) à 40 milliards d’ariary (16,6 millions d’euros). Vers l’Amérique, elles ont fait un léger bond ...
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