 | |  | | SOCIÉTÉ| RÉUNION | Imprimer cet article | |  |  |  |  |  |  | | | « La réorientation de la défiscalisation vers le logement social peut être une chance pour La Réunion face à la crise. Il faut savoir la saisir et être ambitieux. » | | |  |  |  | Philippe Jouanen : « Nous aurons du travail pour les promoteurs et les entreprises du BTP »
ENTRETIEN Le directeur général de la SIDR, qui gère 20 000 logements sociaux, entend faire appel à la défiscalisation et à l’achat de programmes aux promoteurs privés.
L’Eco austral : Quels sont les besoins de La Réunion en matière de logement social ? Sommes nous en retard ?
Philippe Jouanen : En fonction des sources, il faudrait construire entre 25 000 et 30 000 logements au cours des prochaines années pour loger les familles réunionnaises. Ces besoins s’avèrent importants notamment dans le cadre des décohabitations qui sont de plus en plus fréquentes. À elle seule, la SIDR a plus de 13 000 demandes en attente. Un certain nombre de mesures ont été prises pour les gérer au mieux. L’ensemble des bailleurs sociaux, par exemple, a mis en place un numéro unique d’enregistrement des demandes afin d’éviter les doublons. La Réunion est effectivement très en retard en matière de logement social. En 2007, la Ligne budgétaire unique (LBU - fonds de l’État, Ndlr) a permis de financer 2 000 logements sociaux dont un peu moins de la moitié sont des Logements locatifs sociaux neufs (LLS) ; le reste du financement concernant des travaux de rénovation. En 2008, nous sommes passés à 3 000 logements dont 2 000 LLS neufs. C’est mieux, mais cela reste bien en deçà des besoins évalués à 6 000 logements par an. La demande demeure nettement supérieure à l’offre. Il est important de rappeler que les besoins concernent principalement des logements de type T3 et T4 et que 80% de la population réunionnaise est éligible au logement social. On voit bien que l’arbre du logement intermédiaire cache la forêt du besoin en logement social. Outre le fait que la demande en logement intermédiaire est faible et donc qu’il n’est pas évident de trouver un locataire au loyer souhaité, il faut rappeler aux propriétaires que la rotation moyenne est de trois ans, alors que dans le logement social la clientèle est très stable. Les travaux de rénovation engendrés par les changements de locataires sont donc beaucoup plus fréquents dans les logements intermédiaires. De plus, si les bons emplacements (centre-ville de Saint-Denis ou Saint-Gilles) sont conduits à augmenter, que dire des produits proposés en milieu rural ? La rentabilité annoncée aux acquéreurs est donc souvent difficile à obtenir.
Le financement du logement social par la Ligne budgétaire unique (LBU) est-il suffisant ? Comment peut-on le compléter ?
La LBU, seule, n’est pas suffisante pour financer le logement social et les critères actuels ne nous permettent pas de la mobiliser en totalité. Le financement actuel permet de financer seulement 2 000 logements par an. Certains réclament trois fois plus de LBU et la SIDR ne peut qu’adhérer à cette demande, mais, étant donné l’importance des besoins, mieux vaut prévoir un « plan B ». La SIDR s’est donc orientée très tôt vers la défiscalisation.
Votre approche semble différente de celle de l’Armos (Association régionale des maîtres d’ouvrages sociaux et aménageurs) à laquelle vous appartenez pourtant ?
Nous ne nous sommes pas désolidarisés de l’Armos qui réunit l’ensemble des bailleurs sociaux de l’île, nous nous sommes simplement démarqués en mobilisant au maximum la défiscalisation sur nos opérations. Mathématiquement, nous utilisons trois fois moins de financement LBU par logement et nous avons recours, à hauteur de 20% à 25%, à la défiscalisation. En optant pour ce modèle de financement, et donc en utilisant moins de LBU dans nos montages, nous pourrons produire plus de logements. Le débat n’est pas de choisir entre LBU ou défiscalisation mais bien de « mixer » les deux. La LBU doit toutefois rester le socle de financement du logement social.
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